Hommage à Louis Clopin

 

Louis Clopin, bourrelier au village de Saint Georges, a été un grand ami de l'histoire et avec patience il a recueilli de nombreux textes sur Saint Georges d'Espéranche et ses coutumes. Il nous a quitté en 1985. Les Compagnons de Maître Jacques sont pour beaucoup, ses enfants spirituels. Nous reproduisons ci après le texte paru dans le Saint Georgeois en 1986.

 

Semper fidelius,

toujours fidèle, il l'était à son village et à tous ses amis! Et ses amis étaient nombreux, presque innombrables, son village était Saint Georges d'Espéranche.

Brusquement, mais sans bruit, comme sa modestie le lui demandait, il nous a quitté. Acteur toujours présent de la vie du village, il était devenu le gardien du passé, et tous les grimoires des siècles, ces papiers sans gloire, mais précieux pour l'histoire de notre village, se retrouvaient au moins pour quelques jours - dans sa magnifique boutique, musée du bourrelier qu'elle était devenue au fil des ans.

Dans cette échoppe, qui était sa vie, - et celle de son père - on passait toujours trop peu de temps et à chaque fois il y avait une anecdote du passé. Jamais de potins, toujours une histoire que le temps anoblit. Arnold Taylor, l'archéologue anglais bien connu, ne passait pas à St Georges sans entrer dans cette échoppe, témoin du passé si généreux. Le dialogue était difficile avec l'écueil de la langue, mais la communauté d'esprit était totale, un regard valait un siècle et sans parler ils se comprenaient. Je buvais ce dialogue muet où le temps réunit les hommes, que le décor et son odeur rendaient palpable.

La dernière fois que nous avons devisé fut pour l'inauguration du groupe scolaire. Nous constations que ce bâtiment public est le premier à être construit hors de l'enceinte de la ville, celle faite de murs en 1248. Plus de 7 siècles après, St Georges éclate de ses murs initiaux. Pourquoi tant de siècles? Les pestes du XIV et XV ème, les famines et les guerres devaient faire disparaître la grandeur de la ville. Plus près de nous l'exode rural, l'industrialisation, de mauvaises décisions administratives en 1938 ont fait régresser notre village. Mais depuis 1960 c'est de nouveau l'expansion et il en était fier, il était heureux de notre richesse historique, lui qui a retrouvé les noms de nos rues.

Maintenant Louis Clopin n'est plus mais sa mémoire demeure, il a retrouvé Maître Jacques, ce génie du 13 ème siècle, aussi maître dans l'art des châteaux que lui dans le travail du cuir.

Soyons fidèle, semper fidelius, à ce passé qui nous est cher. Il le veut.

R.M.F.

 

Michel Sarméo et  Louis Clopin

Louis Clopin, Docteur Saunier, A.J. Taylor