Le général Lafayette et Saint Georges d'Espéranche

Le général Lafayette a traversé : 3 révolutions, 4 royautés, 2 républiques et 1 empire avant de mourir dans son lit à 77 ans. Quelle vie bien remplie et il est même passé par Saint-Georges où un carrefour porte son nom ! Voici un résumé de son histoire.


           

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette est né le 6 septembre 1757 à Chavagnac-Lafayette en Haute-Loire, Le château familial, maintenant propriété du conseil général de la Haute-Loire se visite. Son père, colonel aux Grenadiers de France est tué à l’âge de 26 ans à la bataille de Minden en Wesphalie le 1er août 1759. Sa mère décède le 3 avril 1770 et, à 13 ans, il est un des plus riches héritiers de France.

Son grand-père le fait venir à Paris pour une éducation militaire. Un mariage est arrangé avec une très riche héritière et à 17 ans il épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles. Cette année-là, (1774) il est présenté à la cour, mais il ne s'y est guère plu.

             

En août 1775, il part en garnison à Metz et lors d’un souper en présence du frère du roi d’Angleterre, il apprend le soulèvement des colons américains, Épris de liberté, il adhère immédiatement à leur cause. Il devient Franc-maçon.

Sa première fille Henriette naît en 1776, mais sera emportée par la maladie à l'âge de deux ans alors qu'il sera en Amérique (1778)

Les treize États d'Amérique font sécession de la Grande Bretagne le 4 juillet 1776 et vont se battre pour conquérir leur indépendance. Lafayette sera à leur côté.

En 1777, il quitte l’armée française, s’engage dans l’armée américaine, finance le navire « La Victoire » chargée de 5 000 fusils, et après avoir risqué La Bastille, s’embarque et atteint l’Amérique le 13 juin 1777, où les fusils vont armer la milice de Géorgie.

Le 1er juillet, naissance de sa seconde fille, Anastasie (1777-1863)

Le 1er août 1777, il rencontre Georges Washington, devient son aide de camp, participe à la bataille de Brandywine où il est blessé à la jambe (11 septembre 1777).

Pendant l’hiver très rigoureux 1777-78 que les insurgés passent à Valley Forge, il reste actif (diplomatie, coopération avec les Indiens).

La France et les États Unis signent en février 1778, une alliance qui se traduit par l'envoi d'une flotte de 12 navires commandée par l’amiral d’Estaing pour venir en aide aux insurgés.

En février 1779, Lafayette revient en France pour rendre populaire la future indépendance américaine, préparer une autre intervention et promouvoir les idées contenues dans la déclaration d'indépendance.

Le 24 décembre, naissance de son fils, que Lafayette prénomme Georges Washington (1779-1849), en vénération à Georges Washington qu'il considère comme le père des États-Unis d'Amérique et de la déclaration d'indépendance. L'idée principale de cette déclaration est celle des philosophes des Lumières qui par l'expression « tous les hommes sont égaux » énonce la liberté individuelle de chacun. Lafayette regrettera fortement que les noirs en soient exclus.


Lafayette repart aux États-Unis en 1780 à bord de la frégate L’Hermione, il reçoit le commandement des troupes de Virginie. Chargé d'opérer contre des forces quatre fois supérieures en nombre, il sacrifie encore une partie de sa fortune pour payer et maintenir ses soldats sous ses ordres, Il arrive par des marches forcées et des retours subits, à si bien harceler les Anglais, que le général britannique Cornwallis est forcé de le considérer comme un adversaire redoutable.

Lafayette fait sa jonction avec les troupes de G. Washington et de Rochambeau, commandant un corps expéditionnaire français de 6 000 hommes pour se concentrer sur l'encerclement de Cornwallis à Yorktown. Les troupes anglaises sont bientôt bloquées, dans l'impossibilité de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectué par la flotte de l‘amiral de Grasse. C'est ainsi que les alliés franco-américains remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.

                  

Après cette bataille, Lafayette est fait citoyen d'honneur des États-Unis par le Congrès. Il rentre en France fin 1781 et est promu maréchal de camp.

Le 17 septembre 1782, naissance de sa fille Virginie, (1782-1849) du nom d'un des 13 états libres d'Amérique,

Sur invitation de Georges Washington, Lafayette repart le 1er juillet 1784 et pendant 6 mois, fait un périple de 6 000 km, accueilli partout avec enthousiasme et grands banquets.

Début 1786, il est de retour à Paris, reçu à la cour et profite d’une considération sans borne. Il devient l’amant de la comtesse de Simiane dont le mari se brûlera la cervelle quand il l'apprend.

Ayant acheté une immense plantation en Guyane, il y développe des nouveautés en agriculture, se fait le chantre d’un certain libre-échange et garde des liens épistolaires avec l’Amérique. Il paie ses employés car des gens libres et payés sont plus productifs.

En France, Lafayette participe à la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787. Il saisit cette occasion de produire quelques-unes des réformes qu'il a à cœur, fait voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à l'occasion de cet impôt, réclame l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État, et la révision des lois criminelles. Il formule même le vœu d'une convocation des états généraux, comme le seul remède efficace aux maux de la situation. Il fait la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires. Favorable à des réformes, Lafayette fait partie des États généraux comme député de la noblesse d'Auvergne. II appuie la motion de Mirabeau sur l'éloignement de la menace des troupes qui encerclent la capitale, et présente un projet de Déclaration des Droits de l'homme à l'Assemblée constituante, fait décréter la responsabilité des ministres, demande l'établissement d'une garde civique, dont il est élu commandant.

La déclaration des droits qu'il propose constitue une véritable jurisprudence révolutionnaire qui considère que le peuple français est abusivement soumis au roi de France, qu'il doit prendre son indépendance et se gouverner lui-même. (11 juillet 1789)

Les troubles qui ensanglantent Paris dans les journées des 12 et 15 juillet, conduisent à la création de la Garde Nationale qui est composée de quarante-huit mille citoyens enregistrés en un jour. L’assemblée élit Lafayette à la tête de la Garde Nationale, au moment où, comme vice-président de l'assemblée, il vient de féliciter les électeurs de Paris, réunis à l'hôtel de ville, de la conquête de la Bastille. Son acte suivant comme commandant de la Garde Nationale est de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présente aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore, couleurs qui deviendront celles du drapeau de la France. Par sa fermeté, Lafayette sauve la vie d’un grand nombre de personnes que menacent les fureurs populaires, il contient la faction d'Orléans, qui aspire à réorganiser les anciennes gardes françaises. C’est lui qui organise la fête de la Fédération le 14 juillet 1790.

     

La révolution est en marche, malgré une proposition de constitution pour une monarchie constitutionnelle, la France devient ingouvernable, alors Lafayette démissionne et se retire à Chavaniac-Lafayette en octobre 1791,

Mais dès la fin de l’année, comme lieutenant général, il tente à la tête d’une armée de repousser les Autrichiens avec victoires et revers. Les généraux ne coopèrent pas, ceux de la révolution ne supportent pas ceux de la noblesse et en août 1992, toujours sur le front, Lafayette est déclaré traître à la nation. Pour échapper à l’échafaud il veut rejoindre Liège, mais il est capturé par les Autrichiens, puis est prisonnier des Prussiens, puis de nouveau des Autrichiens et transféré à la forteresse d’Olmüz, en Autriche, en mai 1795.

  

Son épouse, Adrienne, qui a échappé à l’échafaud du fait de la chute de Robespierre, mais qui a vu sa sœur, sa mère et sa grand-mère guillotinées quitte la France et le rejoint dans sa captivité en 1794. Leur captivité est très éprouvante, les demandes françaises de libération n'aboutissent que tardivement. Il hésite à rester en Hollande, mais contre l'avis de Napoléon, il revient en France en 1800 et s’installe au château de La Grange Blesneau, près de Paris. Opposé à l’absolutisme Napoléonien, il se retire de la vie publique et se consacre à l’agriculture. Il introduit en France la luzerne, le mouton Mérinos et autres innovations agricoles.

   

Malgré sa frivolité Lafayette est très attaché à son épouse Adrienne qui meurt le 24 décembre 1807. Si on connaît plus de cent lettres de Lafayette à son épouse, surtout de sa période américaine, on ne connaît d'elle que son testament, preuves de leur amour partagé, malgré les éloignements et les appétits charnels de Lafayette.

À la Restauration en 1814, il se rallie aux Bourbons.

Le 21 juin 1815, 3 jours après la bataille de Waterloo, il est à la tribune de la chambre pour un discours fameux : « Pour la première fois depuis bien des années, j'élève une voix que les vrais amis de la liberté reconnaîtront » « le temps est venu de se rallier autour du vieil étendard tricolore, celui de 1789, celui de la liberté, de l'égalité et de l'ordre public. C'est celui-là seul que nous avons à défendre contre les prétentions étrangères et contre les tentatives intérieures ».

Mais, Lafayette est trop engagé dans sa quête des droits de l'homme pour être dans un gouvernement. Le général passe alors dans une retraite absolue les trois premières années de la Restauration de 1815, période d'incriminations et de violences, où la ferveur outrée de la réaction royaliste eût difficilement permis une position politique à l'ancien promoteur de la Déclaration des droits.

Au mois de novembre 1818, le collège électoral de la Sarthe l'envoie à la chambre, et il vient prendre, à l'extrême gauche, la place qu'il ne cessera plus d'occuper jusqu'à la révolution de 1830. Il adhère à la charbonnerie en 1821 , ce mouvement clandestin contre la royauté.

Un peu de bonheur par évasion, en 1824, le congrès américain invite avec empressement Lafayette à revenir aux États-Unis, et met à sa disposition un vaisseau de l'État. Il retourne donc en Amérique pour une tournée triomphale dans 182 villes de juillet 1824 à septembre 1825. Il est accompagné de son fils Georges Washington et de quelques Français, dont le marquis de Sion, qui sera propriétaire du château de Saint Georges. Quand il accoste au Havre, le 5 octobre 1825, il constate que l'aspect politique de la France s'est favorablement modifié pendant son absence.

Les électeurs de Meaux députent Lafayette à la chambre, au mois de juin 1827. Ces élections ramènent sur les bancs de l'opposition la plupart des anciens membres que le ministère avait fait écarter de la chambre septennale, et Lafayette est encore appelé à prendre part à cette dernière lutte contre la Restauration, En particulier, il réclame un enseignement pour tous. Un voyage vers sa petite-fille qui vient de mettre au monde une fille, va donner à cette lutte un éclat important.

Après quatorze ans d’absence, Lafayette retourne à Chavaniac, lieu de sa naissance. Un banquet lui est aussitôt offert par les chefs de l'opposition libérale. Là retentissent, sous la forme d'énergiques toasts, les premières protestations populaires contre les nouveaux conseillers de Charles X, dont le Prince de Polignac, pur réactionnaire. Le voyage du général prend dès lors un caractère exclusivement politique ; le choix des villes qu'il traverse et les démonstrations extraordinaires dont il y est l'objet révèlent le but de plus en plus affirmé de cette tournée, évidemment destinée à en imposer au gouvernement, par une parade menaçante des forces populaires. Lafayette est chez sa petite fille, au château de Vizille et de là, jusqu'à Lyon, le voyage va se transformer en un parcours politique triomphant. Le roi fait interdire toute manifestation, destitue les maires des villes qui accueillent Lafayette. À Vizille, Grenoble, Voiron, La Tour-du-Pin, Bourgoin refuse de le recevoir, alors ce sera à Jallieu, Saint Georges d’Espéranche simple pause, Vienne, au cours de banquets en l'honneur du héros des deux mondes, les diatribes qui enflamment les participants sont de plus en plus violentes.

         

Le 2 septembre 1829 venant de Bourgoin, Lafayette est accueilli par le marquis de Sion à Montgolet qui deviendra « carrefour de Lafayette ». Le marquis de Sion possède le château de Saint Georges et les 1 000 hectares de la plaine de Lafayette, Il a organisé un grand rafraîchissement pour accueillir celui qu'il a côtoyé en Amérique. Un arc de triomphe de verdure est dressé, un discours auquel répond Lafayette enflamme la foule. Cette foule est immense, venue des alentours, la fête dure trois jours et tous les gens sont ivres. Le général ne sera resté que quelques heures, car il est attendu à Vienne. Des cavaliers vêtus de noir (Charbonnerie ?) sont venus de Vienne pour qu'il ne s'attarde point.

De Vienne, le 5 septembre il se met en route pour Lyon, où le délire révolutionnaire a préparé une réception triomphale de trois jours au patriarche de la démocratie française. Puis, il rentrera à Paris.

Cette visite enthousiasmant les foules depuis Vizille, a entraîné la destitution de plusieurs maires. Pour Saint Georges et Heyrieux, aucune trace des délibérations des conseils municipaux de l’année 1829, ce qui laisse penser à des avis très divergents au sein des conseils municipaux et sans doute des destitutions. Un nouveau conseil est désigné en 1830 avec moult serments d'allégeance au roi.

Un document manuscrit (sans doute une transcription orale) trouvé à Saint Georges dans les archives de Louis Clopin, rapporte ce passage.


L’auberge-ferme (à Montgolet) était tenue par la famille Fournier et Mme Fournier, appelée « la mère aux sucres » était aidée dans son travail par ses nombreux fils : le Joset, le Toine…

L’accueil que reçu le champion du royalisme libéral dépassa toutes les magnificences de l’époque, bien qu’il n’y eût aucun banquet. C’est Mme Fournier qui offrit les rafraîchissements au Général sous une des tentes élevées à l’ombre des noyers et des mûriers de l’ancien hameau du Pétrier, appelé depuis Lafayette. Monsieur de Sion sous son arc de triomphe présida ce passage et harangua la foule. Mais le Général (72 ans) embrassa dignement la mère aux sucres de 30 ans sa cadette. Cette dernière, née Gonin, épouse Fournier, mourut presque centenaire en 1886. Sur cette voie passante son sourire affable faisait arrêter tous les rouliers. Le commerce était florissant. Vinrent les ans et la charme se dissipa, alors avant de servir et désaltérer le client elle allait dans la cour et sortant de l’immense poche de son tablier, quelques morceaux de sucre, elle régalait mules et chevaux. Aussi passant devant l’auberge, les animaux se rappelaient la gourmandise et s’y arrêtaient quel que soit l’avis du conducteur.


Les détails du voyage et les prises de position déclamées lors des banquets ont été rapportés dans une brochure tirée à 100 000 exemplaires ce qui montre bien le caractère propagandiste du voyage et fait dire à certains que la révolution de 1830 est aussi partie de Vizille.

Lors de la révolution dite des Trois Glorieuses, en 1830, retrouvant sa popularité de l'année 1789, La Fayette a ses propres partisans qui le poussent à jouer un rôle de premier plan. De nouveau commandant de la garde nationale, Lafayette symbole de la liberté a tous les honneurs. Lors d’un grand banquet, le 15 août 1830, il déclame

« Lorsque la population parisienne s’est levée spontanément pour repousser l’agression et reconquérir ses droits, nos droits à tous, les imprescriptibles droits du genre humain, elle a daigné se souvenir d’un vieux serviteur de la cause des peuples : en me proclamant son chef, en associant mon nom à ses triomphes, elle a récompensé les vicissitudes d’une vie entière. [En 1789] naquit le funeste système de division et d’anarchie dont vous connaissez les déplorables suites. […] Mais le sens exquis de la population actuelle nous préservera de ce malheur. […] Vous êtes les élèves de la révolution et votre conduite dans les grandes journées de gloire et de liberté vient d’en montrer la différence. »

C'est pourtant Lafayette qui intronise le nouveau roi, Louis Philippe Egalité, sans doute pense-t-il que pour la monarchie constitutionnelle à laquelle il aspire, le peuple français n'est pas encore mûr.

La révolution belge, qui éclate à la fin d'août 1830, est le premier contrecoup de la révolution française. Lafayette refuse dignement la royauté de ce peuple et l'exhorte à porter son choix sur un de ses citoyens

Mais la réaction a la vie dure et Lafayette, qui a fait Louis-Philippe « égalité » se retrouve bien vite dans l’opposition. En décembre, le roi veut faire de lui le Commandant Honoraire de la Garde Nationale, auquel il répond : Voulez-vous Sire, être un roi honoraire ? Il est de fait, jusqu'à sa mort, dans l'opposition.

Lafayette meurt le 20 mai 1834 à 77 ans, à Paris, suite à un froid attrapé à l'enterrement d'un ami. Il est inhumé au cimetière de Picpus dans de la terre d'Amérique, avec un drapeau américain sur sa tombe. Même pendant la guerre de 39-45, les Allemands n'ont pas touché à ce drapeau et chaque année une délégation américaine lui rend les honneurs.

         

Plus de 600 lieux portent le nom de Lafayette aux USA, En France, quelques rues, les magasins Galeries Lafayette, parce que fondés rue Lafayette à Paris, quelques statues, quelques bateaux de la marine nationale, une escadrille, deux lieux seulement dont celui du carrefour de Lafayette.