L'écroulement du Granier (1248)

En 1248 le village de St Georges est savoyard et possède bien peu de terres, uniquement celles de la Forêt. Il ne s'appelle pas encore St Georges d'Espéranche.

Depuis quelques mois le Comte Pierre de Savoie est soucieux, et dans son château de Chambéry, ses proches s'étonnent que cet homme si dynamique, avec de si grandes ambitions pour contrôler les cols des Alpes soit si souvent hésitant. Il faut dire qu'en cette année 1248, tout ne vu pas aussi bien que le Conte le souhaite. Le Dauphin par ses menées politiques vient de faire basculer toute la proche région de Chambéry, la porte du Grésivaudan, sous sa suzeraineté. Ainsi de son château de Chambéry le Comte peut voir le fief de son ennemi de longue date

1248, c'est aussi le départ de la 7ème croisade conduite par St Louis et quelques vaillants soldats sont partis, attirés par les Mirages de l'Orient et leur foi en Christ.

Ce matin là de novembre 1248, il fait assez frais pour la saison, les fortes pluies d'automne qui n'ont pas cessées depuis la fin de l'été font traîner de lourds nuages qui cachent le sommet des montagnes et vers le marécage au se perd la Leysse (rivière qui traverse Chambéry), des nappes de brouillard stagnent encore. Le Comte en empruntant la galerie regarde le ciel maussade, gris et bas et pénètre dans une des grandes salles du Château Comtal, un messager lui apporte des nouvelles de ses lointaines possessions en Viennois.

Au cours de la discussion il apprend que

- Les Cisterciens de Bonnevaux veulent vendre leur très belle terre dite Grange de Péranche

- Guillaume de Beauvoir a fait de très mauvaises affaires et il est parti en croisade,

- Les murs de la ville de St Georges sont presque terminée. A cause des pluies les étangs qui entourent la ville débordent. Les habitants se démènent pour garder les digues afin de ne pas perdre leurs garde manger de poissons.

Il est près de midi quand le soi se met à vibrer, d'une très forte trépidation comme lorsque de nombreux chevaux de guerre passent près de vous. Les regards s'interrogent. Les chiens poussent des grognements craintifs. Pierre de Savoie sort de la salle et sur la coursive reçoit un des plus grands chocs de sa vie. En portant les yeux au ciel, vers ce trou dans les nuages, il voit le ciel bleu. Où est passée la montagne ? Il se retourne vers son entourage et tous sont bouche bée, certains se signent, non ils ne rêvent pas, une partie du Mont Granier a disparu.

Comme un vent violent chasse les nuages du Mont Granier, ils découvrent une énorme falaise blanche vers le sud. Toute une partie de la masse verte de cette belle montagne a disparu. Le Comte Pierre appelle écuyers et cavaliers. "Allez voir, essayez d'en savoir plus, mais ne vous aventurez pas chez les Dauphinois", et pris de terreur il se signe.

Il fallut alors plusieurs jours pour avoir une idée plus précise du cataclysme. Une très grasse partie du Mont Granier s'était abattue, avait glissée et des millions de mètres-cubes avaient dévasté tout le pays. Personne ne comprenait pourquoi des masses énormes de terre avaient parcourue près de huit kilomètres dans la plaine, rayant de la carte plusieurs villages, ceux-là mêmes qui s'étaient ralliés au Dauphin.

De nos jours, on avance l'hypothèse suivante : les masses de plusieurs millions de tonnes, en tombant très vite de près de 2 000 m d'altitude aux 500 m de la vallée, libèrent une énergie potentielle formidable. Cette dernière est équivalente à de la chaleur qui transforme en vapeur l'eau du sol et les masses rocheuses de l'éboulis courent ainsi sur de longues distances comme portées par un coussin de vapeur d'eau.

Pierre de Savoie, comprend dans ce cataclysme qui a engloutit près de 5 000 personnes que Dieu a choisi la maison de Savoie. Ce jugement de Dieu est le début d'une série d'expansion et les savoyards seront un état à part entière dans l'Europe qui se forme.

Une des toutes premières acquisitions de Pierre de Savoie sera la Grange de Péranche puis le Revoireau de Guillaume de Beauvoir, ruiné par la croisade.

Ainsi, dès 1249 autour de la ville nouvellement fortifiée nous avons les terres correspondant à peu près à notre actuelle commune et il ne manque à la ville plus qu'un château qui sera bâti en 1275 par Maître Jacques et le village s'appellera alors St Georges d'Espéranche. Plus tard, en Angleterre, Maître Jacques se fera appelé de Saint Georges, en référence à ce château.